Coronavirus : un « remède » à l’artémisia controversé à Madagascar

lun, 27/04/2020 - 01:02

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Le président Andry Rajoelina promeut un traitement à base de feuilles séchées de la plante, qui a par ailleurs fait ses preuves dans le traitement de maladies tropicales.

Par Laure Verneau Publié le 22 avril 2020 à 18h30 - Mis à jour le 23 avril 2020 à 08h16

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A Antananarivo, le 20 avril 2020, le président malgache Andry Rajoelina présente le « remède » à l’artémisia, Covid-Organics, en traitement préventif et curatif du coronavirus. RIJASOLO/AFP

La nouvelle a fait le tour du monde. Dimanche 20 avril au soir, le président malgache Andry Rajoelina a annoncé que Madagascar était en possession d’un remède « vita malagasy » (made in Madagascar) aux vertus préventives et curatives contre le coronavirus. Le Covid-Organics, nom donné à ce traitement, est une tisane à base de feuilles séchées d’artemisia, produit par l’Institut malgache de recherche appliquée (IMRA).

Andry Rajoelina a par ailleurs décrété un déconfinement partiel de la Grande Ile, effectif depuis mercredi et le prolongement de la situation d’état d’urgence sanitaire alors que le pays compte à ce jour 124 cas de contamination et aucun décès. Dans ce contexte d’assouplissement très contrôlé, les enfants du primaire au secondaire auront l’obligation de consommer cette tisane, a encore précisé le chef de l’Etat.

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« Des essais cliniques ont été lancés et l’efficacité du remède a été prouvée grâce à la réduction et l’élimination des symptômes par les patients », affirmait un communiqué de la présidence, lundi. « Ce sont plutôt des observations cliniques, nuance Charles Andrianjara, directeur général de l’IMRA. Des malades se sont portés volontaires pour tester la tisane, et deux ont vu une nette amélioration des symptômes. Cela nous donne une tendance. » Le nombre de volontaires ayant pris le remède n’a pas été précisé.

« Aucune preuve clinique »

Madagascar est le premier exportateur mondial d’artemisia. Son dérivé chimique, l’artemisinine, est utilisé pour lutter contre les fièvres paludéennes. Le lancement officiel d’un nouveau remède à base de cette plante contre le Covid-19 a immédiatement suscité la polémique sur la Grande Ile, pays roi de la médecine traditionnelle. L’Académie de médecine de Madagascar, dans un communiqué publié mardi, souligne qu’« il s’agit de médicaments dont les preuves scientifiques ne sont pas encore élucidées et qui risquent de porter préjudice à la santé de la population, en particulier à celle des enfants ».

Par ailleurs, le peu que l’on sait des essais cliniques menés à Madagascar pose question au sein de la communauté scientifique internationale. « Il est impossible de monter en quinze jours ou un mois un essai clinique digne de ce nom sur les vertus de l’artemisia dans le champ du Covid-19, qui est aujourd’hui totalement inconnu. On n’a aucune preuve clinique. Il ne faut pas créer d’espoir, déplore Pierre Lutgen, docteur en chimie au Luxembourg et chercheur depuis une quinzaine d’années sur les vertus thérapeutiques de l’artemisia. Je crains que cela ne décrédibilise les vertus de la plante sur les maladies tropicales, où par ailleurs elle a fait ses preuves. »

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La prise de tisane par les enfants scolarisés a également fait réagir. « Je trouve cela extrêmement inquiétant comme gestion de crise, confie Marc Ravalomanana, ancien président malgache (2002-2009), aujourd’hui dans l’opposition. Ce remède n’a pas été avalisé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et ce sont les enfants qui vont le prendre ? » La directrice de cabinet de la présidence, Lova Hasinirina, défend au contraire une mesure appropriée pour protéger la population lors du déconfinement partiel. « Nous recommandons fortement la prise de cette tisane, tempère-t-elle, mais chaque parent reste libre de ne pas autoriser son enfant à la prendre. »

La nouvelle tisane Covid-Organics se présente sous deux formes : une bouteille de 33 cl au liquide ambré et vendue 1 500 ariarys (0,37 euro), et une boîte de quatorze sachets à faire infuser, pour 10 000 ariarys. Environ 10 000 paysans cultivent l’artemisia à Madagascar et l’IMRA travaille sur cette plante depuis longtemps. Cette fondation privée, créée en 1957 et reconnue d’utilité publique, est devenue célèbre notamment grâce à ses recherches sur la médecine traditionnelle.

« Une formule galénique (forme médicamenteuse du remède Covid-Organics) est actuellement l’étude », précise Rinah Rakotomanga, conseillère de la présidence. La commercialisation de la tisane devrait se faire dans les prochains jours, et le produit sera disponible au siège de l’IMRA ainsi qu’en grande surface. On ne connaît pas le coût de l’opération et le volume de la production est « en cours d’évaluation » précise -t-elle.

Sauver le monde de la pandémie

Madagscar a jusqu’ici échappé à l’épidémie. Le résultat, peut-être, d’un confinement décrété sans tarder, dès le 23 mars. Mais certains scientifiques estiment qu’il aurait été plus opportun, d’un point de vue strictement sanitaire, de le maintenir un peu plus longtemps. « Si on ne peut pas parler d’épidémie vu le nombre de cas, on ne sait pas comme la circulation du virus peut évoluer. L’annonce du remède peut dissuader les gens de poursuivre les gestes barrières », explique l’un deux, qui préfère rester anonyme. « Il faut rester prudent, recommande aussi Yoann Maldonado, chef de mission de Médecins du monde à Madagascar. Une flambée de l’épidémie est à craindre si les mesures de protection ne sont pas respectées. » Dimanche soir, le chef de l’Etat a toutefois précisé que le port du masque restait obligatoire et que tout manquement serait verbalisé.

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La gestion du Covid-19 se retrouve à Madagascar à l’intersection du scientifique et de la croyance. Au plan politique, elle s’est caractérisée par une communication très personnalisée du président de la République. Jeudi 16 avril, Andry Rajoelina a notamment diffusé sur sa page Facebook une reconstitution documentaire relatant la venue à Madagascar d’une Brésilienne qui avait prédit, en novembre 2019, que la Grande île sauverait le monde d’une pandémie globale grâce à des plantes endémiques.

Laure Verneau(Antananarivo, correspondance)