Face aux rapports du FMI et de la Banque Mondiale, le temps de la souveraineté économique est venu

mar, 27/10/2026 - 10:04

Après chaque publication des rapports du FMI et de la Banque mondiale, le débat économique à Nouakchott se répète. On y retrouve les mêmes constats sur le crédit au secteur privé, la gouvernance ou la lenteur de notre diversification.

En tant qu'observateurs du terrain, nous ne devons pas nier l'utilité de ces grilles de lecture car elles apportent d'importants indicateurs techniques. Cependant, une évaluation conçue à Washington ne racontera jamais toute la réalité de nos marchés locaux. Elle ne doit surtout pas fixer la limite de nos ambitions nationales.

Sous l’impulsion du gouvernement, la Mauritanie a maintenu ses grands équilibres (notre dette publique reste maîtrisée sous les 50 % du PIB, la stabilité monétaire est au rendez-vous et la modernisation de nos administrations progresse). Le sujet pertinent qui se pose est comment réussir la transition vers le quotidien. Mais aussi de convertir cette stabilité en projets bancables en soutien direct à nos PME et en emplois durables pour nos jeunes diplômes.

Il est donc imperatif d'affirmer notre demarche sur le terrain.

L'acces au credit demeureun grand defit pour nos entrepreneurs du commerce ou des services. Alors que le système bancaire dispose d'assez liquidités qui ne se traduisent pas suffisamment en financement productif. Ce blocage ne vient pas d'une mauvaise volonté des banquiers mais de la difficulté à évaluer le risque face au poids de l'économie informelle et au manque de garanties classiques.

La solution passe par un geste fort d'ingénierie financiere comme la creation ou le renforcement d'un Fonds National de Garantie pour les PME, cofinancé par l'etat et les établissements bancaires nationaux. Eny adossant à terme une fraction encadrée des futures recettes gazières sous le contrôle regulateur de la BCM. Ainsi nous donnerons aux banques la sécurité nécessaire pour partager le risque et pour ouvrir enfin les portes du financement productif.

Notre sous sol fait de la Mauritanie un producteur d'or de premier plan. Mais en continuant d'exporter notre minerai brut, nous laissons le meilleur de la valeur ajoutée. Comme celle du raffinage à des places exterieures, de la certification et du négoce international.

Nous avons tous les atous necessaires pour nous inspirer des réussites comme celle de Dubai sans pour autant chercher à les copier naïvement. Une option serait d'engager une etude de faisabilité pour faire de Nouakchott un pôle aurifère integré. Avec un laboratoire de certification aux normes internationales, une raffinerie nationale et une plateforme de commercialisation. Nous ne serions plus de simples extracteurs d'or mais nous deviendrions les acteurs majeurs de sa valorisation regionale.

L'entrée en production du projet GTA fait entrer notre économie dans une nouvelle ère. Mais ne nous trompons pas de thermometre car la réussite de ce chantier ne se mesurera pas uniquement au volume de methaniers quittant nos côtes.

Elle se mesurera à notre capacité à imposer un contenu local exigeant. Le véritable gain pour la Mauritanie réside dans le nombre de contrats de sous traitance captés par nos entreprises nationales et dans le transfert de compétences vers nos techniciens. Le gaz doit servir à batir notre tissu industriel de l'après-gaz.

Enfin, il faut imperativement qu'on reprenne le contrôle face aux notations et audits extérieurs. Le soutien de l'initiative d'une Agence de notation financière africaine portée par l'Union Africaine nous permettra d'être évalués selon des grilles plus équitables. Simultanément, nous devrions instituer la publication annuelle d'un rapport national indépendant de performance économique. Ce document fondé sur la réalité de nos données de terrain sera notre réponse aux diagnostics exogènes.

La Mauritanie possède les ressources, la stabilité institutionnelle ainsi que la vision politique. Il est grand temps de passer de l'ère du diagnostique à celui de la performance opérationnelle.

La souveraineté économique de notre pays n'est pas une théorie, elle se mesure à notre capacite collective à transformer nos atouts naturels en prospérité concrète pour l'ensemble des Mauritaniens.

Mohamed ould Bahedah